Les Villes

 

Des empilements, les épaisseurs sur des épaisseurs, des calculs bien droits, des blocs bien taillés, des hauteurs pour d’autres proportions, des buildings, presque.

La lame s’engouffre et tranche, apparaît une découpe nouvelle, une lecture neuve. L’aplat s’encombre et m’offrant trop de couleurs, l’adhésif s’élève et se profile.

Comme un enfant, je fabrique des briques pour ma maison, puis des maisons, puis des immeubles qui ont des étages allumés. Alors une ville et ses quartiers, des espaces, des bosses et des creux pour le sol…. Ça va très vite et ça s’écroule. Comment ça colle tout ça !

À l’envers, à l’endroit, au tuteur, au double face, à la colle… je m’architecte, je me bâtisseur, j’entre en volume. Et puis j’urbanise mes gestes et mes lames s’approprient l’usage chirurgical, plus précis encore. Je tends à de nouvelles cohérences de climats tant que de perspectives de relief. Je suis novice. Je fais des Villes et elles existent ! On y voit parfois même un fleuve et ses ponts. Chacun cherche où il habite,… là, c’est un musée ?… Ça doit être bien, par ici !

Et voilà que la nature s’installe, rivalise la cité, l’encombre, la repousse ou la dévore. Le végétal grandit et les histoires se transforment en jardinage sur dimensionné. Je sculpte en sens fiction, je scrute la mesure et joue. L’harmonie de l’état des pièces repousse les limites de l’équilibre, l’ultraviolet se fait nocturne, l’argenté, surface, le réflecto, balise. C’est avec une loupe que l’on apprécie ces formes un peu comme ou joue avec un brin d’herbe et un microscope, comme une promenade. Des champignons surgissent sur les pans multicolores ou se lient capuchon pour de petites constructions. Le terrain s’en mêle et s’apprivoise, on y cultive le bouquet et la cité s’installe sur pilotis, par passerelles. On découvre les anciennes ruines, on imagine des travaux, plus adaptés. Avec du matériel macro, on cherche du sourire l’humain qui se cache là-dessous. En été, certains insectes y butinent on ne sait quoi, parfois y échoue une toile d’araignée.

 

Ce travail ressemble à la vie d’une ville, avec des possibilités de persévérance dans son domaine d’actualisation face au végétal et une évolution constante de mes modernités techniques. Les résultats progressent.

L’histoire des Villes va se modifier par ses nouveaux domaines de surface et les nouvelles expériences adhésives à venir. Mes recherches me conduisant dès lors vers une approche plus orientée sur l’étude des fabrications du relief, plus adapté à la création d’une matière destinée au fond de mon prochain grand format : Orphée.

Je regarde donc vers les déserts, en capter l’en dessous nécessaire.

 

LES VILLES ou la préparation camouflée d’Orphée

(2001-2007)

C’est avant tout la découverte et la suite logique de mes recherches sur la façon d’adapter la découpe adhésive à mes projets artistiques. Le désir d’affronter l’illustration mythologique demeure, je prépare Orphée. L’éducation est de rigueur face aux techniques de collage, de résistance à l’usure, comme la persévérance des divers usages lumineux dans des équilibres de lectures et d’harmonies.

L’histoire des Villes est un hasard qui s’est imposé avec mes constructions vinyles, ensuite est venu le « Végétal », des pelures, puis leurs confrontations, sans cesse alimentées de perfectionnement. Il me reste à approcher encore deux mises au point, qui vont faire l’objet de prochains travaux. Ensuite surgiront les soucis de l’œuvre en elle-même, sa taille, sa fabrication, son coût !

Pour traiter Orphée, je désire une approche de l’adhésif dans la masse et non, comme pour Marsyas ou Les Rois, dans l’ amalgame de coupes sur-collées sur un fond superposé. J’espère ainsi m’affronter à quelques centaines de couches de matière, m’immergeant au plus près dans le souterrain du Royaume des Morts, sublimant chez le fils de Calliope le Parcours et le Doute.

Les Villes sont un exercice de taille domestique et une application ludique de ce que peut être le second volet de ma trilogie mythologique (Marsyas-Orphée-Icare). Et de façon à ne pas encore emprunter trop tôt la courbe du thème, je promène l’apprentissage dans cette inspiration urbaine, sculpturale, accessible et démonstrative. Elles me permettent ainsi d’apprécier le regard nouveau et sensible de visiteurs amusés par des jeux de lumière, de loupes ou d’impressions d’objectifs.

Nous avons nous-mêmes tourné un clip vidéo, séduit par les effets probables de ces techniques.

 

LA TECHNIQUE

Si ce n’est une approche totalement différente de mes précédents travaux, la grande surprise réside dans la pratique de nouveaux instruments de coupe tels que les bistouris de certains corps médicaux et une adaptation personnelle des lames de cutters traditionnels, élargissant l’éventail du domaine sensible de l’acte. Car c’est bien de ça dont il s’agit, aussi. Du geste.

L’usage des trois lectures par l’éclairage est maintenu, comme pour Marsyas et Les Rois, utilisé dans le cas présent à d’autres pertinences de rêveries.