Marsyas

 

« QUI A PENSÉ DANS LA PLUS GRANDE PROFONDEUR AIME CE QU’IL Y A DE PLUS VIVANT. » Holdërlin, Poésies.

« AVEC LE RIEN DE MYSTÈRE, INDISPENSABLE, QUI DEMEURE, EXPRIMÉ, QUELQUE PEU. » Mallarmé, Divagations.

Ce mythe traite de l’auto-écorchement, du duel de l’artiste face à l’Art, de l’impulsion face à la raison, et de bien d’autres réflexions sur les conditions et coutumes de la civilisation grecque.

Restent ces mots d’Ovide, « Pourquoi m’écorches-tu de moi-même » et cette réflexion toujours d’actualité « Tu ne seras pas l’égal d’un dieu. »

Mais ici, c’est la représentation du duel musical qui nous intéresse et la suprématie de la lyre grecque sur la flûte, instrument primaire et symbole autant sexuel que paillard. C’est aussi l’instrument de Pan.

Ce mythe fait partie de l’histoire de l’Art par le biais de l’école de Naples du XVI – XVII siècle et l’on retrouve de par le monde de nombreuses représentations de ce châtiment exemplaire Titien, Reni, Ribera…etc.. cf. http://images.google.fr/images?q=marsyas&hl=fr.

Il représente Apollon dépeçant Marsyas.

Pour ma part j’ai choisi le parti pris du silence, de la réflexion et du constat.

Le tableau, de 7m x 3m, se décompose en 3 lectures selon la lumière proposée

The famous technique d’amalgame de couleurs adhésives aux propriétés spécifiques (fluorescentes, réfléchissantes, mates, brillantes, translucides…) et à leurs supports lumineux adaptés (tubes néons ultra-violets, projecteurs) permettent ces différentes lectures.

 

En lumière naturelle (Hemara), l’histoire du mythe, crue.

En lumière ultra-violet, la magie olympienne d’Apollon. Il n’est plus question de duel. Nous sommes plongés dans le merveilleux et l’éclat doux, l’évasion et la pénétration personnelle, d’une scène mythologique.

En lumière frontale, par contre, nous sommes saisis de la cruauté du mythe et chaque élément rend alors compte du tragique de la scène. Les personnages apparaissent dans l’éclat de leur véritable identité et nous sommes tout simplement charmés.

Détail d’esthétique haché …

 

« Entre féerie et sorcellerie, Christophe OSSARD réinvente la matière picturale et sublimissime le mythe de Marsyas.

Au-delà de la simple figuration, son œuvre monumentale (3m x 7m) trouve son équilibre dans la superposition de teintes adhésives qui donnent un relief et une dimension nouvelle à cette scène théâtrale immortalisée par l’Ecole de Naples.
Il ne s’agit pas de jouer sur les déclinaisons du clair obscur mais bien de stratifier la lumière de manière à ce qu’elle puisse contenir sa propre énergie réflective, et se prêter au regard ludique du spectateur halluciné devant les différentes variations chromatiques qui lui sont proposées.
Alors doit-on dire de Christophe OSSARD qu’il est chirurgien, théologien, sculpteur, pointilliste, couturier, photographe ou enlumineur ?
Lorsqu’on est confronté à son œuvre, on se surprend à penser qu’il endosse tous ces rôles à la fois.
Ainsi emprisonné dans une mosaïque de couleurs, son héros écorché vif adresse un clin d’œil moqueur à l’Histoire de l’Art, sous le joug protecteur de la chouette Athéna. »
Article paru dans le Figaro en Novembre 1997 à l’occasion de l’exposition de Christophe OSSARD dans la galerie Gastaud et Caillard , rue de Belleyme à Paris.

 

LE MYTHE DE MARSYAS

« Dès que je ne sais lequel des assistants eut raconté comment finirent ces hommes du pays de Lycie, (ndt : ce sont les grenouilles) un second rappelle l’aventure du Satyre, trahi par le roseau qui lui venait de la déesse du Triton, et que, vainqueur, le fils de Latone châtia. «Pourquoi m’arraches-tu de moi-même ? dit-il. Ah ! quels sont mes remords ! Ah ! criait-il, une flûte ne vaut pas d’être payée ce prix ! » Pendant qu’il criait, on lui arrachait la peau sur tous les membres ; son corps n’était plus qu’une plaie. Le sang ruisselle de tous les côtés ; ses muscles, mis à nu, sont visibles ; on voit ses veines où le sang bat, et qu’aucune peau ne recouvre, tressauter, on pourrait compter les palpitations de ses viscères et dans sa poitrine les fibres, entre lesquelles passe le jour. Les faunes habitants des campagnes, divinités sylvestres, les Satyres ses frères, Olympus qui, même à cette heure, lui reste cher, et les nymphes le pleurèrent, et avec tous ceux qui, dans ces montagnes, paissaient, les troupeaux de bêtes à laine ou à cornes. La terre fertile fut mouillée de ces larmes, elle en absorba l’humidité dans son sein et les but jusqu’au plus profond de ses veines ; quand elle les eut converties en eau, elle les renvoya à l’air libre. De sa source, suivant la pente rapide de ses rives, cette eau va rejoindre la mer sous le nom de Marsyas ; des fleuves de Phrygie, c’est le plus limpide. »

Ovide, Les Métamorphoses VI/380-411

…« e. Ensuite Apollon tua Marsyas, un des suivants de la déesse Cybèle. Voici comment la chose arriva : un jour Athéna fit une flûte double avec des os de cerf et en joua à un banquet des dieux. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi Héra et Aphrodite riaient en silence en se cachant derrière leurs mains bien que la musique semblât ravir les autres dieux ; elle se retira donc, seule, dans un bois en Phrygie, reprit sa flûte et, au bord d’une rivière, regarda son image dans l’eau pendant qu’elle soufflait dans la flûte. S’étant rendu compte aussitôt que ses joues gonflées et son visage congestionné lui donnaient un aspect comique, elle jeta sa flûte et lança une malédiction sur quiconque la ramasserait.
f. Marsyas fut l’innocente victime. Il trébucha sur la flûte et il ne l’eut pas plus tôt appuyée sur ses lèvres que, se souvenant de la musique d’Athéna, la flûte se mit à jouer toute seule. Il parcourut ainsi la Phrygie dans la suite de Cybèle enchantant les paysans ignorants qui s’exclamaient qu’Apollon lui-même n’aurait pu jouer mieux même sur sa lyre ; et Marsyas commit l’imprudence de ne pas les contredire. Cela provoqua un concours dont le vainqueur aurait le choix d’infliger au vaincu le châtiment de son choix. Marsyas accepta et Apollon choisit les Muses pour jury. Le concours se déroulait sans qu’aucun vainqueur s’imposât ; les Muses étaient charmées tout autant par les deux instruments lorsque Apollon, interpellant Marsyas, s’écria : « Je te défie de faire sur ton instrument ce que je fais : tourne le à l’envers, joue et chante en même temps. »
g. Faire cela avec une flûte était manifestement impossible et Marsyas n’y parvient pas tandis qu’Apollon, renversant sa lyre, chantait des hymnes si merveilleux en l’honneur des dieux de l’Olympe que les Muses ne purent faire moins que de lui donner la palme. Alors avec sa soi disant douceur, Apollon se vengea de Marsyas de la plus cruelle façon : il l’écorcha tout vif et cloua sa peau à un pin. Elle est maintenant suspendue dans la grotte où le fleuve Marsyas prend sa source. »

Robert Graves, Les Mythes Grecs tome I. 21.e – 21. g

« g. Midas prit part au fameux concours de musique entre Apollon et Marsyas dont le dieu-fleuve Tmolos était l’arbitre. Tmolos donna le prix à Apollon qui, lorsque Midas contesta le verdict, punit celui-ci en lui faisant pousser des oreilles d’ânes. Pendant longtemps, on s’arrangea pour les cacher sous un bonnet phrygien…. »

Robert Graves, Les Mythes Grecs tome I. 83.g