1992/93/94/95

Ensuite,

c’est un peu la galère, quelques décos dans les bars, des expos dans des restos, des halls d’hôtels, une fresque parce que machin connaît… Je recouvre des salles de bain du sol au plafond. Ca plait.
Je rentre alors à la TV à la déco-accessoire. Mais je garde l’âme sous l’édredon de mon cœur, bien au chaud entre le poumon et le thorax ; je poursuis mes expériences plastiques. L’adhésif est mon bocal, je fais le poisson.

Une série de tableaux d’hommes nus sort de mon petit atelier de la rue Lepic pour faire un tour dans le Marais.

J’ai la chance d’avoir un lieu à l’Hôpital Ephémère pour la réalisation d’un mobile sur le système solaire, interprétation à partir de divers éléments thermo-rigides, ultras légers, de plastiques, de vinyles autocollants, de plexiglas, de fils nylon mixtes, de plombs et lests en tout genre, de gels sanitaires, de bombes de peintures, de bouts de verre et de miroir… de lumière fluorescente. Les volumes sont ambigus, l’espace labyrinthique et l’œil amusé, curieux. L’air y circule seul, promettant le mouvement.

Je continue de mettre de l’adhésif un peu partout, briquets, portefeuilles, casques, vélos, frigos, étagères, murs, boîtes, partout. Il fallait que tout le monde ait quelque chose de moi à sa maison ! Je fais des lampes aussi, et des bijoux. Des horloges, pleins d’horloges. Je fabrique des magnets pour nos occasions festives, il y a de belles séries. Et puis aussi des coupes, tous les ans une coupe pour les Olympiades qu’organisent mon frère et ses potes, à Eymet.

C’est une période. On me prend pour une bête curieuse avec mes adhésifs fluos et réflectos : je veux exposer avec juste des lumières noires comme éclairage et demande au public de se munir de lampes électriques. C’est pas gagné !

On me propose quelques illustrations de pub, j’apprends la gravure et peins un peu. Quelques expos collectives et mes tableaux partent pour Beyrouth… Je n’ai jamais eu aucune nouvelle de cette expédition ; tout perdu ! C’était en 1994.

D’ailleurs, si quelqu’un sait quoique ce soit….

A partir de là, je me lance dans une nouvelle technique de découpe : la démultiplication par le socle, l’inverse de la pyramide… c’est visuel et trop abstrait ! Mon âme en prend un sacré coup. Je m’isole. C’est l’errance de partout avec mes rouleaux sous les bras. C’est Paris-la-galère. Bye !

Avant de partir, Beaubourg m’offre une rétrospective de Gérard Gasiorowski . Ces galeries et musées parisiens m’ont tant donné !

Je travaillerai sur la mythologie grecque.

Un grand crochet par le Bassin d’Arcachon, Petit-Piquey m’accueille, l’huître et le vin blanc consolent. Une petite cabane en bois avec un jardin, une barque et mon vélo, le coin me va bien, j’y suis seul.

À Bordeaux, dans l’ exposition sur la peinture italienne du XVIè siècle, il y a trois représentations de Marsyas . Le thème me choque.

En hiver, la plage, c’est le Cosmos ; parfois, la vase a l’aspect du purgatoire. Les voisins deviennent mes voisins. J’adopte un hérisson. A côté, la plus belle terrasse du Bassin. Chez Auguste. En face, il y a l’Ile aux Oiseaux et ses maisons tchanquées qui me fascinent, m’inspirent. Je fais une cure d’océan, de sable et d’air salé.

Je vis la nuit, dans le fluo et l’adhésif, il me faut 20 m² de matière pour mon prochain tableau…

La matière est prête, les maquettes rangées, j’abandonne mon arbre à diamants. J’ai bonne mine. Deuxième étape : le tableau, la campagne, l’isolement sévère, l’autre sens de la rigueur, et la peur au ventre.